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Selina Lehner, professeure à la ZHAW School of Management and Law, nous explique pourquoi le peuple suisse épargne, et combien.
Financement

«La Suisse, pays de l’épargne»

Ökonomin Selina Lehner hat die volkswirtschaftliche Bedeutung des Sparens in der Schweiz untersucht.
ValOr-10.03.2026|7min
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Selina Lehner, pouvez-vous nous dresser un tableau de l’épargne en Suisse? 

La Suisse est véritablement le pays de l’épargne. Elle affiche en effet une quote-part d’épargne élevée en comparaison internationale: la part de revenus que les ménages ne consacrent pas à la consommation, mais mettent de côté pour les achats importants, les cas d’urgence ou la prévoyance atteint 17,5%. Pour vous donner un exemple, une personne qui disposerait d’un revenu mensuel de 5000 francs et en épargnerait 1000, aurait un taux d’épargne de 20%. 

Il est toutefois essentiel de savoir comment la quote-part d’épargne est calculée d’un point de vue statistique: selon la méthode de collecte des données, les contributions à la caisse de pension peuvent être incluses. Cette épargne obligatoire est normale en Suisse, mais pas forcément dans d’autres pays. Cela complique les comparaisons internationales. 

Comment expliquez-vous que la Suisse ait une quote-part d’épargne plus élevée que d’autres pays? 

Plusieurs facteurs entrent en jeu: notre économie est forte, le niveau de revenus est élevé et la culture de prévoyance et d’épargne est très marquée. Malgré un système social bien développé (notamment en cas de chômage ou de maladie), les Suisses et Suissesses prennent très au sérieux leur responsabilité personnelle en matière financière. En outre, le gouvernement encourage l’épargne volontaire, par exemple en accordant des avantages fiscaux au pilier 3a. 

La quote-part d’épargne est-elle constante en Suisse? 

Non. Elle s’est accrue ces dernières années, pour plusieurs raisons. D’une part, le revenu brut disponible des ménages a augmenté, et donc le potentiel d’épargne a suivi. D’autre part, les incertitudes vont croissant depuis quelques années, avec les crises financières, la pandémie de COVID-19, les tensions géopolitiques et l’inflation. L’épargne de sécurité a donc progressé: de nombreux ménages vont consciemment économiser davantage pour se protéger. Pendant la pandémie, les possibilités de consommation ont par ailleurs été réduites, dopant la quotepart d’épargne. 

Qui épargne beaucoup et qui épargne moins? 

En Suisse, ce sont surtout les individus qui disposent d’un revenu moyen à élevé qui épargnent. Dans la tranche des 20% des personnes affichant les plus bas revenus, l’on constate en revanche souvent une épargne négative: les ménages dépensent plus que leurs revenus. L’âge joue aussi un rôle: la quote-part d’épargne a tendance à augmenter jusqu’à la retraite, tandis que la fortune diminue souvent après. Des chiffres récents publiés par l’Office fédéral de la statistique montrent toutefois qu’un grand nombre de personnes âgées continuent à épargner, mais moins. La réalité est très différente selon le revenu, la situation de vie et les objectifs individuels du ménage. 

 

«Notre économie est forte, le niveau de revenus est élevé et la culture de prévoyance et d’épargne est très marquée.» 

 

Quelles sont les répercussions d’une quote-part d’épargne élevée pour l’économie? 

Une quote-part d’épargne élevée peut avoir des effets positifs et négatifs sur l’économie. Sur le plan positif, l’épargne assure la stabilité financière de la Suisse, par exemple en matière de prévoyance vieillesse. Davantage de capitaux sont aussi disponibles pour les investissements futurs, ce qui peut garantir une croissance à long terme. Toutefois, si tout le monde épargne en même temps et consomme donc moins, la demande vient à manquer sur le plan économique. Les entreprises vendent moins, investissent moins et embauchent moins. Une épargne abondante peut donc freiner la croissance économique. On parle de «paradoxe de l’épargne». 

Une quote-part d’épargne élevée apporte-t-elle une sécurité accrue aux épargnant·e·s? 

En principe, oui: celles et ceux qui mettent de l’argent de côté disposent d’une réserve financière qui apporte une certaine sécurité en cas de perte d’emploi, de maladie ou lors des vieux jours. Beaucoup oublient toutefois qu’en période d’inflation et de taux bas, épargner comporte des risques: placer son argent sur un compte et ne plus y toucher, cela revient à perdre du pouvoir d’achat sur le long terme. 

 

Portrait Selina Lehner

Selina Lehner est professeure à la ZHAW School of Management and Law et responsible du cursus CAS Financial Service Innovation. Titulaire d’un Master of Science in Banking & Finance, elle a commencé sa carrière dans une banque (Photo: màd). 

 

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